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J’ai nagé dans la nuit noire, j’y ai bu des lampées d’étoiles, j’ai dansé avec le vent et je suis morte les bras ouverts vers le ciel sombre, je suis tombé mille fois et mille fois je me suis relevée mais nulle part je n’ai encore trouvé la route qui mène à ma maison. 

Victoria River, L’écorchée

 

Je vois encore ses mains frêles et blanches brisées. Un sang rouge, chaud, encore vivant coule le long de son petit doigt. Son coude fait un angle étrange, pas naturel. Définitivement pas confortable. Je me demande pourquoi elle ne change pas de position. Mon regard remonte le long de son bras. Sa joue est posée sur l’asphalte, un œil plus ouvert que l’autre. Sa bouche laisse trop paraître ses dents du bas. Mâchoire déboitée. Ses cheveux collés sur son front par le sang et le cambouis lui donne un air sportif comme si c’était de la sueur. Un lambeau de peau large comme une main pend de son menton. Je ne comprends pas d’où il vient, son visage est pourtant quasi intact. Je ne vois pas son bras gauche. Elle est allongée sur le côté droit, on dirait qu’elle se repose sauf que tout est dégueulasse autour. Je regarde un peu plus loin derrière. Ça fait de la fumée. Grise ou noire. Légère. Presque jolie. La voiture est sur le côté elle aussi. Les pneus en l’air. On dirait un jouet. Je vois une main dans les brins d’herbe mais je ne comprends pas. Une grande plaie invisible fait une marre de sang luisant sous elle. Immense. Elle avance si vite. S’étale. Ça fait comme un trou noir, prêt à l’avaler. Une bouillie forme un pâté au sol juste devant elle. C’est sanguinolent. Elle me fait pensé à un chat écrasé. Une vague de peur stridente, agressive m’écrase. Je suis assise parterre mais je tombe. Ma tête fait un bruit sourd en tapant le sol. Le choc retenti. Tout mon corps vibre. Rien ne bouge sauf le néant en moi qui me fait basculer à une vitesse terrifiante. Le silence est trop immense, comme un cratère béant et noir prêt à m’aspirer. J’ai le vertige. La nausée. Une douleur blanche fulgurante tabasse chaque nerf de mon corps. Je ne sais pas où j’ai mal mais c’est insupportable. Je hurle sans faire de bruits.

Pourquoi plus rien ne bouge ? Pourquoi personne ne vient ?

Je m’appelle Victoria et je ne suis pas sure d’être complètement vivante.

Vous reprendrez bien un peu d’amour ?

Juste un doigt.

L’amour ça colle, c’est mielleux, c’est pour les faibles et les imbéciles. D’abord t’as l’air con quand tu dis je t’aime je préfère que tu te taises, des fois que tu ne dises pas la vérité. Et puis ça n’existe pas l’amour, c’est comme le yéti, je ne l’ai jamais vu. Moi j’aime le rock n’Roll, les filles avec des fringues mi-sales qui n’ont pas froid aux yeux et les garçons mal rasés qui ne tombent pas amoureux. Je n’en veux pas de ton amour, garde le. Avec ta gueule d’ange et ton regard de démon, tu vas me ralentir, j’ai un désert à traverser. Et c’est pas la peine de m’attendre, je compte pas me retourner. Je n’ai pas peur de marcher seule, je n’ai pas peur de la nuit et les loups qui hurlent au loin ne sont pas mes ennemis. Pourquoi aurais je besoin de toi ? N’est ce point toi qui me supplies ? Saches que je fais partie de ces femmes sauvages qui n’acceptent d’être attachées qu’aux barreaux du lit. Ne sois pas un fil à ma patte, je n’aurais de cesse de te couper. Ha tu insistes, tu persistes malheureux que tu es? J’accepte de te donner ma peau et mes soupirs, mes yeux clos et mes nuits. Ne me demande rien d’autre. J’ai parcouru les rues, jai écumé les bars, j’ai bu tous ce qu’il y avait à boire. J’ai chanté la bouche épicée de rhum mais je n’ai pas oublié. Rien de plus désespérant que la puanteur de la ville sur une gueule de bois, je suis partie loin vers les collines écouter le bruit des nuages, cracher ma colère sur la pierre et danser libre au milieu des champs sous les étoiles. Les pieds humides dans l’herbe fraiche j’ai ouvert les yeux et je t’ai vu. Tu étais là, planté comme un arbre fier et infaillible, tu n’as pas bougé. La peau pleine du monde qui nous entoure, ton odeur d’homme se mêlait à celle du vent et tes yeux clairs brillaient comme la lune blanche derrière nous. Nous étions le sol et la terre, l’air et les cieux, ton amour vibrait dans le silence. Tu n’avais plus rien à dire alors je t’ai tout donné.

Écriture en cours …

Les yeux du monde 

C’est drôle que l’époque la plus moderne technologiquement soit aussi la plus dénuée de morale et la plus insensée. La morale a tellement était torturée par le marketing, le capitalisme, l’individualisme qu’elle semble avoir disparu. Pour ne citer qu’un exemple récent les images du « Black friday » aux USA et au Canada sont effrayantes. Nous sommes en vie sur une planète rare et peut être unique, située au milieu de l’univers si immense que nous en savons presque rien. La succession de hasard qui a permis l’existence de l’humanité est si subtile que ça tient du miracle, je ne fais en rien un parallèle religieux mais je souligne plutôt la chance extraordinaire et magnifique que nous avons d’être en vie, là au milieu du cosmos. En 2008 un homme de 34 ans à été piétiné à mort par une foule avide des produits proposés en soldes lors d’une de ces journées de « shopping chaos« . C’est terriblement humain, tragique, stupide, honteux. Tout ça pour ça ? Est ce là notre seule et vraie nature ? Le monde est il pire aujourd’hui ? Etions nous plus « humains » avant ?  De mon point de vue l’humanité est bruyante, agressive voire violente, souvent dénuée de bon sens, quelle perte de temps de vivre comme nous vivons. Si peu est utile, si peu honore les millions d’années dévolution qui font que nous sommes là aujourd’hui. Pourtant j’ai toujours été optimiste. Au fond je crois que l’homme est capable des pires choses comme des plus belles. Mais j’aimerais comprendre pourquoi une telle ambivalence,  et pourquoi nous ne choisissons pas un chemin moins torturé. Ce serait possible. C’est à nous de le choisir, car nous sommes notre pire ennemi, nous produisons ce qui nous tue et nous mangeons ce qui nous rend malade. Nous accumulons et gaspillons alors que d’autres meurent de faim, de maladies ou de choses plus bête encore. Nous détruisons ce que nous sommes et ce qui nous entoure, pourquoi ? Pour de l’argent ? Du pouvoir ? C’est insensé. Nous pourrions tellement faire mieux, vivre mieux. Pourquoi ne sommes nous pas plus bienveillants les uns envers les autres ? Quand on pense aux grands groupes de l’agro-alimentaire ou pharmaceutique, ou encore du tabac, du pétrole, les banques mondiales … C’est pas l’altruisme qui saute aux yeux mais plutôt un cynisme évident, des mensonges éhontés ayant pour but de générer du profit quitte à tuer directement ou indirectement des millions de personnes. C’est ridicule quand on y réfléchit. Archaïque. Nous sommes en vie, intelligents avec un organisme diablement bien conçu, notre corps est une splendeur de subtilité, c’est une chance incroyable. Tout ça pour ça ? Sommes nous si stupides ? Avons nous toujours été dénués de bon sens? La nature humaine est elle d’être cruel et égoïste ?De ne pas voir plus loin que trente ans en arrière et trente ans en avant? Nous naviguons à vue tout en sciant la branche sur laquelle nous sommes assis. Dit comme ça, on pourrait presque en rire. Sommes nous fait pour organiser notre propre survie au dépend de celle des autres et de notre environnement? Est ce une mémoire reptilienne ? Je sais que ces questions sont naïves. J’ai trop d’exemples de cruauté et de bêtise à citer pour éclairer mon propos, mais je ne souhaite pas le faire, je crois qu’on en a tous assez vu. Bien sur il y’a aussi beaucoup de belles initiatives, des personnes généreuses, brillantes, empathiques et altruistes. Mais on a l’impression d’assister à un bras de fer sans fin entre le bien et le mal. Je me pose souvent la question de notre nature profonde. Internet a révélé tellement d’horreurs, d’injustices.. c’est à perdre foi en l’humanité. Mais est ce que le voile s’est levé et a révélé ce que nous sommes, ou est-ce que cette époque est particulièrement dénuée de morale, d’empathie, de justice ? J’aimerais savoir car à la fin, qui sommes nous? Qui choisissons nous d’être ?

Dans la jungle méningée

Aujourd’hui j’ai envie d’écrire n’importe quoi, juste pour faire sortir des mots de ma tête. J’espère qu’une fois dehors, ils reprendront leur vie sauvage et arrêteront de m’importuner. Le temps est magnifique, doré et clair, doux. Le ciel est froid et à force de regarder les nuages, mes yeux deviennent blancs. J’ai dansé ce matin, en riant, jean sale et baskets sans chaussettes, j’ai failli arriver en retard à l’école. Les mamans sont des enfants comme les autres. Je n’ai jamais manqué de liberté, je manque juste d’organisation. J’aime tant de choses que souvent je ne sais par quoi commencer alors je ne fais rien. C’est de l’hyper activité à l’envers. J’aimerais tout faire en même temps. Ce matin je voulais écrire, courir, chanter, danser un peu, ranger la maison, virer le chat du rocking chair, me doucher, m’habiller correctement, travailler mes cours, imprimer des photos, sortir les décorations de Noël, regarder ce que l’on pourrait manger à midi… Et à 11h je suis encore ébouriffée, j’ai écrit mais pas rangé, j’ai discuté mais pas couru, je n’ai pas travailler mes cours et la table est toujours remplie du petit déjeuner, alors je commence à culpabiliser et c’est pire. Je reste bloquée car j’ai peur de ne pas prendre la bonne décision et de mal utiliser le peu de temps qu’il me reste. Alors je le dis, et j’essaierais de le faire en me concentrant beaucoup, je vais ranger la table, mettre mon short et des baskets, courir un peu, me doucher, m’habiller et faire à manger… C’est trop pour 1h de temps, je le sais, mais j’ai la peur du vide alors je remplis. Et ce qu’il me reste dans la tête, la culpabilité: je n’ai pas travailler mes cours. J’aurais pu. Je suis si mal organisée, si perdue dans mes pensées, si feignante parfois et pourtant si efficace que je rattrape toujours tout, comme une funambule qui trébuche mais reste sur le fil. Je suis une équilibriste, toujours sur la brèche, jamais en sécurité. Le danger me pousse à la concentration sinon je me noie dans un océan de pensées, d’émotions, de doutes, de révélations et je pourrais rester la journée à fixer le plafond. J’aurais l’air d’un coussin abandonné, mais en vrai à l’intérieur, c’est la jungle, une grande fête foraine cérébrale, et je ferais quatre fois le tour du monde en pensée.

J’ai lentement atteint le silence

Le monde est cacophonique: des cris d’horreur ou de joie, des rires, des pleurs, des enfants, des vieux, des chats, des voitures et des machines, des musiciens doués ou non.. Les bruits de la Vie sont autant de sons assourdissants et pourtant toujours ô combien plus silencieux que la tempête de pensées valsantes dont mon cerveau est gavé en quasi permanence. Même mon sommeil est bruyant. Bruyant de mots, de réflexions, d’analyses, d’angoisses, d’observations, de to-do list, de musiques en boucle, de questions, de réponses parfois. Pourtant je ne sais rien ou pas plus qui quiconque. C’est paradoxal. Quiconque s’entraine devient meilleur, mais pour le penseur compulsif c’est différent. On ne retient rien des pensées chaotiques, elles ne sont que du bruit. Ce bavardage interne n’est qu’une fuite en avant, un stratagème pour mettre entre soi et la vie un coussin de babillage, comme la musique de fond d’un restaurant qui camoufle les conversations intimes des tables d’à côté. C’est après avoir fait ce constat que j’ai compris les vertus du silence. Le silence intérieur c’est comme avoir une main ouverte sur le sable, on tient le désert entier au creux de sa main. C’est dans le silence que l’on écoute le mieux, et alors on entend.

L’âge de raison

Depuis l’adolescence je n’ai jamais trop eu tort mais maintenant que je me trompe plus souvent,  j’ai atteint ce qu’on appelle paradoxalement « l’âge de raison ». Je me pose bien moins de questions et pourtant j’ai plus de réponses. J’ai moins de peurs et moins de certitudes. Je sais pas si c’est relié. Le gris s’est ajouté au noir et au blanc qui avant décoraient seuls les couloirs sinueux de mon cerveau. Ce monde est triste à pleurer et magnifique à la fois, tout ça mélangé dans le même bocal. Il n’est pas manichéen le monde, il est compliqué, comme nous. Ça aussi c’est l’âge de raison qui me l’a dit. Dernièrement des gens se sont fait tuer par des idées sombres et des kalachnikovs. Il y avait du sang partout et au milieu des larmes salées et d’autres amères. Ça a fait pousser de l’amour qui répare dans certains, de la haine qui venge dans d’autres et même parfois tout s’est mélangé. Ca ne change rien, c’est un peu la même chose, la haine c’est de l’amour triste ou terrifié. C’est pour ça que la peur est une vilaine fille, elle transforme les ombres et le cœur des gens en monstres et en ténèbres. Il ne faut pas l’écouter, la plupart du temps elle ne sait pas de quoi elle parle. C’est une mythomane la peur, elle ment à 90%. J’aimerais dire quelque chose d’intelligent et d’apaisant pour soigner tout ce sang et ces larmes, comme ce qu’une mère dirait à l’oreille de son enfant un soir de cauchemars « je t’aime, n’ai plus peur de rien, les démons et les balles ne te trouveront plus car j’aime tout de toi, tes défauts, tes cris, tes larmes, tes mains chaudes, ton cœur qui bat, ton sang qui circule ou coule et se répand, ne change rien, ne lutte plus, je suis là  » une mère peut faire ça guérir toutes les blessures, éteindre les pleurs et les peurs, allumer la lumière au milieu du silence froid et faire fuir la mort qui rôde.

Nouvel air

Seuls les matins comptent. On ne saurait dire pourquoi. C’est comme dans un songe, le sens est dénué de raison et inversement. C’est à s’y perdre. Je pense que je peux m’y faire, ou alors non? Nous verrons bien. Peut être que justement le but est de ne rien faire du tout, de ne pas guetter l’idée, de laisser paraitre l’ennui, l’aversion. Ne serais je jamais un poète? Une bête de foire ? Personne ne le sait, personne ne le voit. L’innocence c’est de n’avoir ni passé, ni futur: Alors on accueille tout avec le plaisir de la première et de la dernière fois, c’est là où se cache la grâce, entre l’innocence et l’ignorance, tel l’accueil complet et émerveillé du nouveau né. Ou encore la contrainte m’éclairera et je pourrais enfin voir ce que le noir cache au creux de mes mains. Peut être le génie né t-il ainsi? De derrière une ombre?  Je n’ai jamais su par quel bout prendre le chemin, il y’a tant de cailloux dessus, je crois que j’ai passé une bonne partie de ma vie à les compter. Et puis à quoi bon? On ne peut pas tout faire parfaitement alors autant ne rien faire du tout. Le résultat est parfaitement le même: échec et mat. Sauf qu’au moins on ne s’est pas fatigué du tout. Et puis il y’a ce vaste et feint sentiment de liberté, on pourrait l’appeler « piège numéro 4 » parce qu’il n’est pas le premier. Avec le temps qui passe vient malheureusement un hôte imprévu: le besoin d’accomplissement et puis l’ennui est là aussi depuis longtemps, sa compagnie est vraiment barbante. Ainsi il faut prendre un marteau, un couteau ou un stylo, et puis tailler l’esprit dans le vif, garantir une raison toute nouvelle à grands coups de consonnes, voyelles. Seulement les pieds crissent sur les cailloux, et je ne sais pas où je vais tomber. Peut être que c’est cela la seconde innocence dans notre existence, connaitre le fil du temps mais ne plus rien savoir sur hier ni sur demain. Où vais-je ? je ne sais pas. Qui suis je ? Je ne sais pas non plus. Et pourquoi la colombe finit elle toujours fourrée aux petits pois ? Aucune idée, c’est la nature humaine je crois.

Ces jours où on se dit qu’on a tout raté..

Voilà, encore une fois je remet tout en question, mais pourquoi est ce que j’ai tout fait à l’envers? Parce que j’aime ça. Ha oui, c’est vrai, des fois j’oublie, la stabilité m’ennuie. J’aime le chaos, le doute, le challenge. Alors je me prépare jamais à rien, et je fonce tête baissée avec le calme altier de la meuf qui gère alors que je sais absolument ce que je suis en train de faire. Comme Nikita, qui doit sortir d’un nid de guêpes par une lucarne dans les toilettes, et qui se retrouve devant un fenêtre murée. Voilà cette sensation là, où le temps s’arrête et que ton cerveau fait des bulles tellement il flippe.